Projet Raccrocheurs au collège Les DAGUEYS à Libourne

En tant qu’accompagnatrices CARDIE, nous avons eu le plaisir d’accompagner le projet Raccrocheurs au collège des Dagueys à Libourne.

Ce projet, initié il y a huit ans, rassemble une équipe pluridisciplinaire autour de la question du décrochage scolaire : Thomas GRELIER (Histoire-géographie), Stéphanie MAGNERON (espagnol), Noëllie ZIAMI (Éducation musicale), Alexandre RECHNER (Physique-Chimie), Cédric CHASLOT-DENIZE (EPS).

Genèse du projet

Les enseignants, soutenus par Madame GAROTTE, Principale du collège, ont cherché une forme innovante pour accompagner les élèves dits “décrocheurs”, souvent très absentéistes, fortement démotivés, que l’on décrit volontiers comme “fâchés” avec l’école. Ce “décrochage” s’opère pour les élèves principalement à partir de la 4°. Pour les réconcilier avec le système scolaire, il s’agissait de proposer un dispositif adapté, motivant, structurant et de trouver à ce projet un nom qui ne soit pas connoté négativement pour ne pas stigmatiser davantage ces élèves qui souffrent bien souvent d’un regard péjoratif à leur encontre et d’un manque de confiance en soi. Le projet Parenthèses était né, dans l’idée d’offrir une bulle de décompression dans la semaine, comme une respiration, à ces élèves fragilisés dans leurs parcours scolaire et personnel. Il s’agissait alors de repenser le jeune en tant qu’individu, et non pas en tant qu’élève, en lui offrant la possibilité d’apprendre en réinvestissant un autre espace et un autre temps scolaire, tout en rencontrant des intervenants extérieurs. Le projet, rebaptisé ensuite Raccrocheurs, a perduré et évolué au fil du temps, grâce à une équipe stable et dynamique.

Un projet Raccrocheurs, pour quels objectifs ?

L’objectif est de prévenir le décrochage scolaire et lutter contre l’absentéisme, mais aussi d’accompagner l’élève dans la construction d’un projet qui lui est propre. C’est une priorité de l’établissement, inscrite dans le contrat d’objectifs, qui entre également dans le cadre de la lutte contre les inégalités.

Mme La Principale, qui rappelle que le collège compte sept classes de 4ème, ainsi qu’une classe de SEGPA insiste sur le fait que cette volonté de permettre à ces élèves de retrouver confiance en eux et dans le système scolaire, est liée à la politique de l’établissement. On souligne, également, l’importance de l’arbitrage et du soutien du chef d’établissement, notamment en termes d’allocation de moyens humains, horaires et organisationnels. Mme Garrotte nous a avoué cette évidence pédagogique qu’elle a pu ressentir en découvrant le projet et qui lui a donné envie de le soutenir : “Quand on regarde le projet et quand on a l’amour de la pédagogie, c’est quand même difficile de ne pas y adhérer.”

Le déroulement du projet

Chaque année, en fin d’année de 5°, des élèves sont repérés par les enseignants, en accord avec le professeur principal, sur les critères suivants : taux d’absentéisme, discrétion en classe, faible estime de soi. Sur la vingtaine d’élèves susceptibles d'intégrer le dispositif, 12 maximum sont alors sélectionnés. L’effectif ne doit pas être trop important pour que l'expérience soit bénéfique pour les élèves.

Une année, les enseignants avaient fait le choix de proposer le dispositif sur un temps commun pour des élèves de 4° et de 3°, mais face aux difficultés liées aux enseignements, il est apparu judicieux de le réserver aux seuls élèves de 4° et de réfléchir à une forme d’accompagnement pour les élèves de 3° ayant suivi ce dispositif l’année précédente afin d’assurer un service de continuité.

Une fois sélectionné, l’engagement de l’élève à participer au projet se fait en partenariat avec la famille sous la forme d’une lettre-contrat. Les élèves n’ont pas l’obligation de rester toute l’année dans le dispositif. Mais les départs (suite à la volonté d’un élève, de sa famille ou des enseignants) ont été à la marge sur les huit années où le projet a évolué.

La priorité est d’établir une relation de confiance avec l’élève, avec sa famille.

Les élèves participant au projet ne suivent pas leur emploi du temps habituel sur une demi-journée ou une journée dans la semaine, selon les années. Le jour où ils participent au projet Raccrocheurs, ils ne sont pas avec leurs classes respectives, mais se rendent dans un lieu dédié, le CDI parfois, la salle de musique… Il est convenu que leurs enseignants leur fournissent alors les cours, et qu’on ne leur en tienne pas rigueur s’ils ne parviennent pas à rattraper.

Durant cette demi-journée ou journée, les élèves sont encadrés par les professeurs porteurs du projet selon un emploi du temps qui est le même chaque semaine. Il est apparu primordial aux enseignants, qui interviennent parfois en co-enseignement, d’inclure dans la journée un temps d’écoute, ainsi qu’un travail sur les sentiments et les émotions.

Des partenariats avec des associations et des professionnels locaux ont enrichi la formation des élèves. Ces derniers ont pu aussi bénéficier de rencontres avec des anciens élèves et de visites de lycées professionnels environnants.

Deux heures sont généralement consacrées à un projet spécifique que les élèves mèneront en partenariat avec un intervenant extérieur. Entre 2020 et 2022, les élèves ont ainsi mené un véritable travail artistique et pédagogique avec l’association FOKSABOUGE. Après avoir réalisé un micro-trottoir pour favoriser une mise en route de l’écriture, les élèves ont écrit et chanté un rap, avant de réaliser un clip vidéo. Cette année, les enseignants portent seuls le projet sans avoir sollicité de partenaires.

Un atelier d’improvisation théâtrale hebdomadaire, animé par le professeur de physique-chimie permet aux élèves d’améliorer leur confiance en eux et en autrui et se donne pour ambition de développer les compétences psychosociales de ces élèves. Mais ces activités permettent également au professeur de découvrir qui  sont les élèves derrière leur carapace et de comprendre qu’ils ont peur du regard de l’autre et ont des difficultés avec le sentiment d’être en réussite.

Au fur et à mesure que l’année progresse, les enseignants remarquent à quel point le groupe se construit et fonctionne ensemble en établissant des liens de confiance.  Noellie, la professeure d’éducation musicale, nous rappelle que “l’humain, c’est ce qui fait avancer et réussir”, ce qui montre à quel point ces relations interpersonnelles sont essentielles pour le bon déroulement du projet.

Enfin, deux heures encadrées par le professeur d’EPS parfois co-animées avec le professeur d’histoire, relèvent de ce qu’on pourrait appeler “un temps sportif”, souvent en extérieur, qui invite les élèves à dépasser leurs limites. Afin de profiter de l’environnement du lac, les élèves font par exemple du VTT. Cela permet aussi au professeur d’EPS, qui n’a aucun des élèves du dispositif dans ses cours, d’instaurer avec eux un dialogue, d’évoquer leur projet d’avenir, et de créer une cohésion de groupe dès le début d’année. Pour l’année 2022-2023, l’équipe a souhaité également proposer un accompagnement des 3ème notamment dans l'écriture du projet avenir.

Un suivi particulier et une relation privilégiée avec les professeurs

Un bilan est fait par l’équipe avec l’élève et sa famille à chaque fin de période. Une ligne a été rajoutée sur le bulletin pour évaluer les élèves sur ce projet, à travers les compétences transversales.

L’équipe pédagogique reste très attentive à chacun des élèves tant au niveau des résultats qu’à son bien-être au sein du dispositif et du collège. Le groupe d’élèves crée un lien particulier avec les enseignants qui perdure en troisième.

Le lien est tel qu’un élève qui a déménagé souhaite poursuivre sa scolarité au collège pour participer au projet.

Un bilan positif

Pour mesurer les résultats du projet de manière scientifique, les enseignants ont mené un travail d’évaluation important avec une enquête réalisée à partir de l’EMES (Échelle Multidimensionnelle de l’Estime de Soi).

Des changements ont été perçus dans l’attitude et dans le comportement en classe. La relation avec les pairs est facilitée et la figure de l’enseignant représente pour eux une aide et un soutien.  Les notions d’entraide, d’autonomie et d'initiative ont pris un sens nouveau pour des élèves qui, en début du projet, avaient une estime de soi très faible. Les élèves gèrent beaucoup mieux leurs émotions, acceptent de les exprimer tout en les canalisant d’une manière positive.

Du point de vue des pratiques des enseignants, des effets positifs ont été soulignés en particulier sur les compétences transversales et psychosociales. La cohésion et la collaboration dans le groupe ont apporté un enrichissement pour tous.

De plus, les enseignants de l’équipe prennent appui sur leurs compétences personnelles pour travailler autrement, sans se focaliser sur leur expertise disciplinaire.

De même, la cohésion de l’équipe a été renforcée ainsi que les échanges entre l’équipe du projet et les professeurs principaux de 4°.

A l'échelle de l’établissement, le projet influe sur le climat scolaire en ce sens qu’il est connu et reconnu par les élèves du collège créant ainsi un sentiment d’appartenance et rayonnant dans tout l'établissement.

Perspectives

Ce projet, qui s’inscrit dans un label CARDIE, a débuté avec un objectif, accompagner les élèves décrocheurs et participe aujourd’hui à une culture d’établissement avec l'adhésion des élèves et le dynamisme et l’implication des enseignants.

Ce projet s’insère pleinement dans les valeurs de l’expérimentation et de l’innovation et a prouvé qu’il était possible de raccrocher les élèves décrocheurs. Aujourd’hui, il est ancré dans les pratiques pédagogiques ordinaires pour l’équipe porteuse et pourra inspirer d’autres enseignants qui veulent travailler sur le décrochage des élèves.

Lydie FEUGNET

Adeline SEGUI-ENTRAYGUES

 

Mise à jour : janvier 2023