Interview de Sandra Mourad, conseillère académique art et culture à la DAAC

Après avoir obtenu mon CAPES en 1992, j’ai débuté ma carrière d’enseignante de lettres modernes dans un collège en Ille-et-Vilaine. En parallèle de mes cours, j’ai complété ma formation par un master 2 en lettres (littérature et représentation) à l’université de Rennes, intégrant notamment un module sur la littérature jeunesse. En 1994, je rejoins l’académie de Bordeaux où je suis titulaire d’une zone de remplacement (TZR) : je navigue donc dans de nombreux établissements, toujours des lycées, privilégiant ainsi l’étude de la littérature sur la langue, dans la continuité de mon parcours universitaire.

Après une douzaine d’années, j’intègre le lycée hôtelier de Talence. Cet établissement technologique ne portait aucun projet artistique ou culturel et les cours de lettres étaient très minoritaires dans l’enseignement dispensé. J’ai dû rivaliser d’ingéniosité pour amener les élèves vers l’écriture et la littérature. J’ai par exemple fondé un café littéraire avec la documentaliste, où les élèves volontaires venaient présenter leurs lectures et échanger. Nous avons ensuite lancé un Cinéclub pour les internes. Quand la documentaliste est partie à la retraite, je suis devenue la référente culture de l’établissement.

Pour continuer à élargir mes connaissances, j’ai pris en 2010 une année de congé de formation pour suivre une licence de cinéma à Bordeaux, cela a été une révélation pour moi. Une fois diplômée, j’ai spontanément écrit à la DAAC pour leur proposer ma participation. La demande a coïncidé avec le besoin d’un professeur relai auprès du conseiller cinéma, M. Cazeaux. J’ai donc endossé pendant 10 ans une nouvelle casquette de chargée de mission, ce qui m’a permis de diversifier mes missions de manière très stimulante. Petit à petit, j’ai pris plus de place dans le service et les décharges d’enseignement en classe sont devenues plus importantes. En 2018, quand M. Cazeaux est parti à la retraite, mes missions ont encore évolué. 

Tout en conservant quelques heures d’enseignement dans le lycée hôtelier, mais je me consacre principalement à mon rôle de conseillère académique art et culture sur les dossiers cinéma/audiovisuel et lecture/écriture. Mon travail au sein de la DAAC s’articule en trois grands volets :

  • l’impulsion de projets d’éducation artistiques et culturels (partenariats, coordination, mise en œuvre et pilotage)
  • l’accompagnement de projets (mise à disposition de ressources, conseils, financements, bilans, valorisation)
  • la formation des enseignants (formation quart d’heure lecture, éducation aux images…).

Nous avons chaque année de nombreux projets phares dans les domaines de la lecture et du cinéma : Partage ta lecture, le concours de Marque-page, Enquête de nouvelles policières (en lien avec la Police nationale), les petits champions de la lecture, l’Escale du livre, véritable temps fort à Bordeaux pour rencontrer des auteurs, le concours Si on lisait à voix haute en partenariat l’émission de France Télévisions La Grande Librairie, le Festival International du Film d’Histoire de Pessac, École, collège ou lycéens au cinéma ou encore les résidences d’artistes en établissement.

Nouveauté cette année, la plateforme numérique COMETT met à disposition des courts-métrages tournés sur le territoire. Sur une idée originale du bureau d’accueil de tournage du Lot-et-Garonne, cette plateforme propose des films et ressources qui peuvent être utilisés en classe. Des professionnels se déplacent également pour animer des ateliers tournages et organiser des rencontres avec des réalisateurs. C’est un projet phare car il couvre les trois piliers de l’éducation artistique et culturelle que nous défendons : s’approprier des connaissances, des pratiques, rencontrer des œuvres et des artistes. L’objectif est maintenant de l’étendre à toute la région Nouvelle-Aquitaine.

Autre avancée importante, le Pass culture, initialement dédié aux jeunes de 18 ans, est désormais étendu dès 15 ans. De plus, une part dite « collective » s’ajoute au montant versé directement à l’élève. Elle donne des moyens très importants aux établissements pour déployer des temps forts d'action culturelle (aller au spectacle, recevoir une compagnie, mener un atelier, rencontrer un artiste). C’est un grand pas vers une généralisation et une démocratisation de l’éducation artistique et culturelle, les enseignants n’ont plus qu’à s’en emparer et nous serons là pour les accompagner !

Mise à jour : avril 2022