

Collège Jean Jaurès
Cenon (33)
Nous constatons que de moins en moins d’élèves choisissent de faire des études scientifiques.
Nous sommes dans un collège en Z.E.P (Zone d’éducation prioritaire) et nos élèves sont très souvent démotivés et ont du mal à s’investir.
D’où l’idée de monter ce projet afin d’encourager les élèves et, en particulier, les filles vers la voie scientifique et, au-delà, de leur redonner le goût du travail, de les raccrocher via les sciences au système éducatif et scolaire, de les remotiver.
Nous avons choisi de travailler sur le thème de l’eau car beaucoup d’élèves se posaient des questions : D’où vient l’eau que l’on boit ? Où va-t-elle après ? Pourquoi l’eau est-elle nécessaire à la vie ? Pourquoi l’eau peut-elle être dangereuse ? Qu’est-ce que la neige? Comment respirent les animaux aquatiques ?
Nous avons alors décidé de mettre en place un club ouvert tous les mardis de 13h à 14h.
L’idée du club de sciences avait une image un peu ludique qui pouvait accrocher facilement nos élèves ; de plus nous avions fait des affiches amusantes.
Nous avons ciblé le public : les 6ème, qui n’ont pas d’enseignement de sciences physiques, n’ont pas été invités, et les 3èmes, au vu de leur emploi du temps, ne pouvaient pas venir.
Nous avons donc travaillé avec des élèves du cycle central et particulièrement des 5èmes. Nous avons aussi un élève d’UPI (Unité Pédagogique d’Intégration) en 6ème qui est motivé et très intéressé.
Notre intention n’était pas de faire un cours et résoudre des exercices, mais de travailler sur du concret, des manipulations, des expériences et de faire travailler les élèves dans une démarche scientifique.
Après la phase de questionnement, nous avons réalisé des expériences simples, et les élèves ont très vite accroché.
Puis pour répondre aux questions, nous avons dû aller travailler sur Internet. Au début, ils étaient motivés, ont fait des affiches, mais ils se sont lassés assez vite. Cela ressemblait trop à un travail scolaire, et leurs difficultés les empêchaient de pouvoir s’investir pleinement. En effet, certains élèves ont des difficultés liées à la compréhension de la langue, d’autres de dyslexie ou de dysorthographies. C’est pourquoi la réalisation des affiches fut si laborieuse.
Nous sommes ensuite allés à Cap Sciences. À présent, pour exposer les travaux, nous avons choisi de réaliser des maquettes : les élèves sont ainsi plus actifs, et s’investissent beaucoup plus dans cet aspect manuel.
À Cap Sciences, nous avons eu une animatrice et nous avons réalisé des manipulations. Nous avions des supports que nous ne pouvions pas avoir au collège ; les élèves ont été intéressés et attentifs. Très peu d’élèves de notre collège, classé ZEP, font des activités extérieures avec leurs parents, aussi cette sortie pédagogique leur a plu.
Au mois de mai, nous devons également sortir du collège pour faire une randonnée dans la ville de Cenon, afin d’y découvrir les différentes sources. Peut-être pourrons-nous également faire venir au collège un monsieur (âgé) qui nous parlera de la manière dont il allait chercher de l’eau autrefois, comment il s’en servait …
Nous avons pensé tout d’abord à des expositions au sein du collège via des affiches. Puis nous avons choisi de réaliser une maquette qui sera exposée au CDI lors de la journée sur le développement durable.
Certains élèves ont commencé à taper des comptes rendus de la sortie à Cap Sciences, ainsi que de diverses expériences, et nous envisageons de les mettre en ligne sur le site du collège, qui est actuellement en construction.
Nous avons aussi filmé des expériences que certains ont présentées à l’ensemble de la classe. Beaucoup d’élèves se sont montrés intéressés.
Au début, les élèves étaient nombreux. Cependant, les heures de soutien ou de tutorat en ont contraint certains à ne plus venir. Nous avons accepté que des élèves puissent venir tous les quinze jours, car ils avaient un cours de technologie le mardi en quinzaine.
Enfin aux vacances de la Toussaint notre groupe de travail était fixe et nous pouvions alors compter 12 élèves inscrits qui venaient régulièrement.
Nous voulions motiver les élèves ; aussi notre première préoccupation fut de répondre aux questions qu’ils se posaient sur des thèmes liés aux sciences. Le thème récurrent fut « l’eau ».
Les élèves se sont naturellement posé des questions sur le monde qui les entoure. Les questions étaient tout-à-fait proches de ce que l’on fait en cours.
Nous avons alors procédé un peu comme en cours, dans une démarche d’investigation : comment trouver des réponses ?
L’« expérience » semblait pouvoir répondre à toutes les questions.
Les élèves veulent du concret, des manipulations où ils sont acteurs de leur apprentissage.
Nous avons dû alors faire quelques recherches pour répondre aux questions sur les dangers de l’eau. Nous avons également fait des manipulations avec de l’électricité afin de montrer ce qui était conducteur. Nous en avons déduit que notre corps est conducteur car il contient beaucoup d’eau.
Nous savons qu’en France de nombreuses personnes meurent par électrocution, Sandra demande « Qu’est-ce qui conduit l’électricité ? » Nous avons aussi observé que des animaux peuvent respirer dans l’eau alors que l’homme respire de l’air. Donc l’eau est un danger pour la respiration humaine, on peut se noyer et il y a différents stades dans la noyade.
Cependant des animaux comme les poissons respirent de l’eau. « L’eau contient-elle des gaz ?», si oui d’où viennent-ils ?
Nous avons alors réalisé des expériences qui ont été filmées et projetées ensuite en classe de 5ème.
Nous avons observé le poisson dans l’aquarium et Alexis demande « Comment respire-t-il ? ».
Tout d’abord nous avons fait des affiches sur les différents thèmes abordés. Puis nous avons également filmé certaines expériences. La réalisation d’affiches n’est un travail, ni facile, ni ludique pour eux.
Aussi nous avons alors senti une baisse de motivation : puisqu’ils avaient compris, coller des images et taper des textes ne les intéressaient pas. Nous sommes en ZEP et il faut constamment captiver l’attention de notre public.
Cependant après avoir fini les affiches, les élèves n’avaient pas répondu à toutes leurs questions. Alors nous sommes sortis du collège pour aller à Cap Sciences.
L’exposition « L’eau à la bouche » correspondait parfaitement à ce que nous attendions : nous nous étions demandé pourquoi l’eau liquide était si importante pour la vie et nous y avons pratiqué des activités démontrant l’importance de l’eau dans le corps.
L’animatrice nous montre la quantité d’eau que contient notre cerveau. Rogdy lit « notre corps contient plus de 60% d’eau. ». Puis il demande « Comment maintenir notre quantité d’eau corporelle constante ? ».
Nous avons vu aussi que toutes les eaux n’avaient pas le même goût et que tous les pays n’avaient pas les mêmes quantités d’eau potable.
Alexis :« Chacun devant nos pupitres, nous avons goûté plusieurs eaux dont le nom était caché pour ne pas être influencés !Nous avons ensuite constaté que nous avions de la chance car nous ne manquons pas d’eau et que nous avions l’eau courante. Thomas s’écrie« regardez, il y a des pays où les canalisations sont en bois ! Quand ils n’ont pas l’eau à proximité, ils vont la chercher avec du matériel de récupération transformé en outre. »
Un livret était à remplir à l’occasion de chaque activité. C’était ludique et les élèves ont bien participé.
L’activité du goût des eaux à Cap Sciences a soulevé une nouvelle question : Comment peut-on ressentir différents goûts au niveau de la langue ?
De retour au collège nous avons mis en commun tout ce que nous avions vu, et nous avons fait une série de manipulations avec des eaux parfumées au citron, au bitrex, avec du sucre ou du sel. Les élèves ont alors au fur et à mesure des manipulations, colorié des zones sur le dessin d’une langue afin d’établir une carte des zones sensibles à l’amertume, au sel, au sucre ou à l’acidité.
Les élèves ont souhaité participer à la journée organisée au collège dans le cadre de la semaine du développement durable du 2 avril au 6 avril et montrer que l’eau est précieuse.
Nous nous sommes appuyés sur les acquis des élèves en SPC et nous avons mis divers documents à leur disposition. Les élèves ont choisi de faire une maquette, afin de montrer aux autres comment marche une station d’épuration.
Tous les élèves se sont investis dans la réalisation de cette maquette. Ils ont choisi un plan qui montre toutes les étapes : le dégrillage, le dégraissage, la décantation, l’action des bactéries …
Nous avons décidé de réaliser une maquette d’une station d’épuration. Camille décide « je fais le champ dans lequel on réutilise les boues une fois désactivées. C’est un excellent engrais. »
Il reste maintenant à trouver d’où vient l’eau que nous buvons à Cenon. Avec l’aide de la mairie, une randonnée dans la ville avec un guide permettra de découvrir les différentes sources qui alimentent la ville et les châteaux d’eau de Cenon.
Nous aimerions aussi faire intervenir une personne âgée qui n’a pas connu l’eau courante et qui témoignerait de cette époque où pour avoir de l’eau il fallait aller la chercher à la source et donc faire attention à ne pas la gaspiller….
Le niveau des élèves qui viennent au club est hétérogène. Comme ce club avait pour but de les inciter à s’intéresser aux sciences, nous espérions voir les résultats évoluer dans les matières scientifiques. Cependant, il est très difficile de voir les résultats s’améliorer, car les difficultés liées à la maîtrise de la langue persistent.
En revanche, le travail personnel et les devoirs à la maison sont faits, même par les élèves qui ont des difficultés énormes dans le passage à l’écrit.
Au niveau de leur comportement en cours, nous pouvons noter une réelle motivation, des réflexions pertinentes, surtout de la part des garçons.
Les filles se scindent en deux groupes : un groupe de filles pour lesquelles tout travail demande un effort terrible, mais qui participent bien oralement, et un autre groupe de filles qui travaillent, font des recherches etc.
En général, il a été beaucoup plus facile de motiver les garçons même si certains ont des difficultés scolaires.
Dans ce club l’hétérogénéité n’était pas qu’au niveau scolaire. En effet nous avions des enfants de différents milieux. Il a fallu travailler ensemble et accepter les différences de tous.
Nous avions un enfant de 6ème en classe UPI. Cet enfant participe très bien oralement mais éprouve d’énormes difficultés à l’écrit.
Le travail en groupe a permis la complémentarité entre les différents élèves. Ils se sont entre aidés, parfois contredit mais tout cela dans une bonne ambiance et surtout dans un objectif commun.
À ce jour nous n’avons pas assez de recul pour nous rendre compte des effets irradiants.
On note cependant que les élèves ont eu à cœur de montrer leur travail aux autres à travers les affiches, les films et la maquette et qu’après les expositions et les expériences filmées, de nombreux élèves ont souhaité rejoindre le club. Ils voulaient faire plus de sciences ou des sciences autrement qu’en cours.