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Module relais

Module Relais
Collège La Boëtie
Sarlat

 

Au départ, nous étions trois professeurs à partir du même constat : certains élèves du collège manquent cruellement de motivation, d’enthousiasme, d’envie. A tel point pour certains que venir en cours ne se résume plus qu’à être là « physiquement ». Bien sûr, les résultats s’en ressentent (et que dire du comportement pour certains…).

Nous avons donc décidé de mettre en place une structure (avec nos moyens, horaires et humains) pour tenter de (re)motiver ces élèves.

Les modalités de mise en œuvre sont les suivantes : nous formons un groupe de 8 élèves maximum qui viennent des classes de 5e et de 4e du collège. Le choix est motivé par le professeur principal de la classe qui remplit avec ses collègues un dossier d’admission (voir annexe), ou par la vie scolaire .Ces dossiers sont examinés lors d'une commission où se réunissent :les professeurs du module, un personnel de la direction, un CPE, le professeur principal, l’assistante sociale, les infirmières et la COP .Cette commission statue sur le bien-fondé ou non d’un passage de l’élève dans le module relais, elle définit également des objectifs à suivre avec l’élève.

Si le dossier est accepté, le professeur principal et l’équipe du module rencontrent l’élève et un membre de sa famille. Les élèves concernés doivent être volontaires, et des entretiens réguliers avec la famille (la maman, le plus souvent…) permettront d’assurer un suivi personnalisé et d'adapter le contenu pédagogique de la session. Le regard que l’on pose sur eux est très important pour ces adolescents.

Ce groupe sera pris en charge pour une durée de 7 semaines :

  • le lundi après-midi : une heure avec chacun des trois professeurs seul.
  • le jeudi après-midi : chacune des trois heures permet à deux professeurs d’intervenir ensemble.


Cela représente donc 6 h élève, mais 9 h professeur (deux de Mathématiques, un de Français).

 

Le Lundi, l’apport est plutôt « disciplinaire ».
En Mathématiques, nous avons diversifié les sources : activités de l’enseignement mathématique « spécialisé », jeux sur les nombres, mise en évidence d’un problème sur papier, puis étude à l’aide d’un logiciel informatique…
En Français, un travail sur des textes a permis de s’intéresser aux symboles. Les différentes activités mises en place ont privilégié l’expression orale, la mémorisation, l’étude du vocabulaire.

Le Jeudi, la formation est plus « générale ».
Le fait de travailler à deux permet l’interdisciplinarité : rédaction de programmes de construction (Maths/Français), maîtrise du vocabulaire (Maths/Info, logiciel de géométrie)….

Mais le plus souvent les thèmes abordés concernaient  la citoyenneté, la sociabilité, la connaissance de soi, la méthodologie, le projet professionnel, l’orientation….

Par exemple, un travail sur l’emploi du temps a permis de dresser un constat sur le temps consacré au travail scolaire lors d’une semaine « type ».A la suite de ce constat nous avons essayé d’établir avec chacun d’entre eux un emploi du temps consacré aux devoirs avec des objectifs « réalisables ». Puis nous avons pris contact avec les familles pour que les parents puissent aider leur enfant à suivre au mieux cet emploi du temps .

Ce jeudi après-midi a aussi été l’occasion de sorties diverses et variées: visite du CIO, de la 3e ODP au lycée, chez des professionnels… Ceci a permis à certains élèves de mettre en place des stages d’observation chez des artisans locaux à la sortie du module relais. Ainsi, malgré leur sortie du dispositif, un lien est maintenu.

Nous en sommes aux deux tiers de l’année ; nous avons vu passer deux sessions.
Peu de recul, donc, en ce qui concerne les points positifs et négatifs, mais déjà des tendances semblent se dessiner.

Pour commencer, il faut parler des résultats, puisque c’est ce qu’il y a de plus difficile à quantifier. Bien sûr, nous savions (et les élèves le savaient aussi) que nous ne devrions pas attendre des résultats immédiats et radicaux (au niveau des notes comme du comportement). Au regard de certains de nos collègues, la réussite est limitée puisqu’il n'y a pratiquement eu aucune amélioration concernant les résultats scolaires

Il est donc difficile de parler de « réussite ». Mais cette initiative a réussi pour chacun d’entre eux à retisser un lien entre eux et le « monde scolaire ».


Aujourd’hui, Jordan et Adrien ont été peu convaincus lorsqu’on leur a dit « Si vous êtes avec nous, c’est parce que certains de vos professeurs se sont inquiétés pour vous ». Ils ont parfois l’impression d’être des « laissés pour compte de leur classe ». Pour chacun, nous nous contentons de recenser ce que certains pourraient appeler des« petits détails »…

  • Jordan se décourage facilement en fonction de ses résultats scolaires. Un jour sa mère nous contacte au collège pour nous dire que suite au conseil de classe, le week-end avait été très difficile et que Jordan avait envie de tout laisser tomber : les études et même le rugby. Elle nous demande alors d’en parler avec lui pour le remotiver. Pendant l’entretien individuel, nous avons essayé de faire comprendre à Jordan qu’il ne faut surtout pas interrompre le dialogue avec ses parents, qui le soutiennent dans ses démarches . Et le voilà reparti….
  • Bastien nous est présenté comme un élève très taciturne, sans projet réel ; il ne communique pas. Alors le fait de le voir sourire, de le voir s’investir dans la recherche de documents sur son orientation, être visiblement content de penser aux stages que nous mettons en place… Voilà qui suffit à légitimer son passage dans le module (et ce même si ses heures avec sa classe lui sont de plus en plus difficiles.)
  • Loïc présente le même profil. Pendant une séance de jeux sur les nombres, un de ses camarades s’étonne de le voir travailler autant. Cela arrive visiblement rarement en classe. De plus, il semble au fil des semaines se dessiner un projet professionnel de plus en plus précis (avec recherche de stage à la clé). Il s’ouvre alors plus aux autres. Même son père, lors d’un entretien individuel, reconnaît que son fils parle plus volontiers à la maison.
  • Pour Luc, pas de changement visible pendant les cours de module. Mais certains professeurs viennent nous voir pour nous dire que son comportement en classe a changé : il semble plus motivé, participe (un peu plus) en classe.
  • Didier a des objectifs professionnels précis, mais la manière d’y arriver reste vague… Il part visiter la 3e ODP à reculons. Mais au fur et à mesure de la visite, il s’intéresse, pose des questions, est très étonné par la section « travail du bois »… Et finit par repartir en envisageant sérieusement de choisir cette voie l’année suivante. Mais nous nous heurtons à la volonté de son père de le voir faire une 3° générale.

Pour chacun de ces élèves, le résultat a finalement été le même : nous avons essayé de (re)créer un lien entre les adultes et eux (et également avec leur parents). Toute la question sera de savoir si cela leur sera profitable à long terme….


A noter aussi que le nombre d’heures dont nous disposons (6 heures ) nous permet d’éviter l’écueil de « classe poubelle ».

Mais bien sûr, tout cela ne s’est pas mis en place sans difficultés.
Le premier problème que nous avons rencontré a été le lien avec les collègues : peu d’entre eux ont participé au choix des élèves concernés. De plus, le retour en classe pose un problème : tous les cours manqués ont-ils été rattrapés ? Quelles exigences avoir vis-à-vis de ces élèves ? Comment les noter ?


Pourtant ces élèves ne nous ont été confiés que pour une durée limitée : deux après midi par semaine, et ce pendant sept semaines environ. Cela explique notre questionnement initial : jusqu’à quel point de difficulté peut-on prendre un élève pour lui être utile, et cela sans le marginaliser par rapport au reste de sa classe ?


De plus, certains d’entre eux doivent relever de structures plus adaptées, et notre dispositif peut alors vite montrer ses limites.


Tout cela implique que l’équipe soit claire sur ses objectifs et, par conséquent, qu’elle soit la plus soudée possible. Ce projet demande un investissement important de la part de chacun, et les différences de points de vue ont parfois pris une ampleur considérable. Cela explique (entre autres) le fait que nous devions remanier l’équipe actuelle en vue de l’année prochaine.

 

Pour terminer, voici notre difficulté principale : l’exploitation des activités proposées au groupe. Nombre d’entre elles permettaient aux élèves de dresser un constat, puis de proposer des pistes pour résoudre certaines situations, mais qu’en feront les élèves dans le futur ? Comment ne pas être trop abstrait et proposer des solutions vraiment concrètes ? Comment « préparer la suite » pour que le constat soit suivi de vrais changements dans le comportement de l’élève ? Pour répondre à toutes ces questions, nous avons exploré de nombreuses sources, à la recherche de choses très concrètes à mettre en place. Mais force est de constater que ce genre de document est très difficile à trouver…

Enfin, nous avons remarqué que se dessinait un « profil type » d’élève pour qui le passage en module avait été bénéfique : ceux qui arrivent avec un projet plutôt précis. A partir de ce constat, comment venir réellement en aide aux élèves qui n'ont vraiment aucune « envie », ce qui était, finalement, notre objectif initial…
Ce sont les questions fondamentales auxquelles nous sommes actuellement confrontés. Le succès passera par une meilleure exploitation des activités proposées.

Voilà, en ce début de mois d’Avril, où nous en sommes.


Nous avons avancé sur un certain nombre de points, mais, bien sûr, il reste beaucoup de choses à découvrir, à affiner, à inventer.

 

M.  MAZET 
Mme EINAUDI                    
M. ARGELES

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