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Les ENAF parlent aux ENAF

LES ENAF PARLENT AUX ENAF


Collège jacques Prévert
Rue A. Got
24100 Bergerac


Une douzaine d’élèves nouvellement arrivés en France « sortent » de leur classe pour aller deux à quatre heures par semaine (selon leur maîtrise de la langue) travailler sur la langue, en particulier sur l’oral, autour d’un projet : produire des documents pour les élèves qui viendraient les années suivantes.

La première production  a été un diaporama sur la ville de Bergerac : un après-midi, les élèves ont, avec les deux enseignantes qui accompagnent le projet, visité la ville et ses lieux importants (du point de vue administratif ou culturel). Dans les semaines qui ont suivi, les élèves ont fait le montage : ils ont choisi l’ordre de passage des diapositives, et chacun devait écrire un commentaire intégré sur la diapo (Exemple : « Ici, c’est la mairie de Bergerac »).

La deuxième production visée est un documentaire tourné avec la vidéo du collège. Le but : expliquer ce qui peut faciliter l’intégration d’un élève qui vient d’arriver en France et l’apprentissage de la langue. Pour cette production, c’est l’oral qui a été privilégié, grâce à un travail sur la voix par l’intermédiaire d’activités théâtrales. Les exercices « classiques » de théâtre ont été proposés : scènes d’improvisation à partir d’un canevas donné, articulation de phrases, etc. Ensuite, il a fallu quelques séances sur la vidéo : observation du journal télévisé, analyse. Les élèves ont pris conscience de l’organisation d’un journal : présentateur, reportage. Ils se sont entraînés et ont créé des mini-journaux télévisés. La scène tournée, ils ont pu commenter leur travail dans le but de l’améliorer.
A ce jour, la production envisagée, le documentaire, n’est pas commencée. Le CRDP de Périgueux aidera au montage du film. Si nous parvenons à le terminer, nous comptons le proposer à Vidéo-Bahut, sur France3.

La visite de la ville a été un moment d’apprentissage et de détente : cela a permis de souder le groupe. Ensuite, les enseignantes ont  essayé d’établir un lien entre l’élève, le collège et son pays d’origine : un travail sur cartes géographiques, sur les drapeaux, les hymnes nationaux, etc. Les élèves étaient très heureux de constater que, pour une fois, leur spécificité était reconnue.
Pour ancrer encore davantage cette dimension dans les séances, les enseignantes ont distribué aux élèves des cahiers de travaux pratiques qui seraient leur carnet de bord. Les pages « dessin » ont été consacrées à des photos personnelles, des photos prises lors de la visite en ville, les autres pages pouvant être écrites dans un premier temps dans la langue d’origine.
Les difficultés des élèves se sont révélées multiples : la langue bien sûr, mais aussi  des difficultés pour passer à l’abstraction. En effet, les élèves d’origine marocaine  semblaient n’avoir jamais vu de représentation des pays sur une carte. Il leur était impossible de retrouver le Maroc ou la France. Peut-être étaient-ils peu allés à l’école dans leur pays ? D’autres aussi semblaient avoir peu d’habitudes scolaires : comment tenir un cahier, se comporter dans une classe. Quelques séances ont donc été consacrées à la connaissance de l’école, de son fonctionnement.
Le projet des enseignantes était aussi de faire réaliser par les élèves le récit oral (filmé) puis écrit de leur première journée en France. Mais elles se sont heurtées à un refus explicite ou implicite de la part des élèves. Ceux-ci ne veulent pas revenir en arrière et rouvrir des blessures. Ceux qui ne pensent pas pouvoir revenir un jour dans leur pays ont la volonté d’oublier… De même, les élèves ont occulté tout problème d’adaptation lors des premiers jours. Tout était merveilleux en France.  Il a donc fallu trouver un autre sujet de film : élèves et enseignants se sont mis d’accord sur un thème de film : qu’est-ce qui peut aider un jeune nouvellement arrivé de l’étranger à s’intégrer dans une nouvelle culture ?
Mais, avant de réaliser un film, il fallait  former des « acteurs » et des « journalistes ». Des séances ont été consacrées à la pratique théâtrale. Les élèves ont beaucoup aimé cette activité : ils avaient l’impression d’avoir vraiment la parole. Pour eux, s’exprimer aussi avec le regard, les gestes et la démarche facilitait la communication. Cela les a mis à l’aise : les quelques inhibitions pour être filmés sont tombées à mesure des séances.
Le projet de production avance moins vite que prévu : de nouveaux élèves sont arrivés en cours d’année. Il faut donc les prendre en charge au niveau de la langue et du projet.
Conscientes que cette production n’est qu’un prétexte pour travailler la langue, les enseignantes souhaitent néanmoins que cette forme aboutisse pour que les élèves matérialisent leurs compétences.

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