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Comment l'ambition vient aux jeunes filles

Académie de Bordeaux
Collège J. Prévert
1, rue des Clôtes,
33710 Bourg sur Gironde


Afin d’assurer la promotion et la diversité des choix d’orientation de nos élèves et en particulier des filles, le collège a décidé de mener une politique volontariste de promotion des filières scientifiques et technologiques.

Il faut aider l’ensemble des élèves à vaincre les stéréotypes sociaux sexués des métiers, les amener à avoir une image positive d’eux-mêmes afin qu’ils envisagent une orientation vers des filières plus prestigieuses.
La science ne doit plus être seulement du côté du masculin.

Trois grands axes d’actions ont été privilégiés :

 

Axe 1 : Diversifier les choix d’orientation des jeunes filles

 

  • Exploitation dès la pré-rentrée des résultats de l’orientation avec la production de données chiffrées et sexuées. Les filles, en dépit de résultats supérieurs à ceux des garçons, intègrent encore peu les filières scientifiques au lycée (options ISI ISP). Il faut faire évoluer cette donnée et amener nos élèves à avoir plus d’ambition.
  • Les enseignants du niveau 3° sont invités dans le cadre de leurs  enseignements disciplinaires à valoriser les performances des femmes (ex en Sciences Physiques, les femmes ont participé à de nombreuses découvertes.)
  • Les Professeurs Principaux de 3° dans le cadre de séances (réalisées pendant des heures de vie de classe) travaillent avec les élèves des scénarios qui démontrent combien les déterminismes sociaux et les visions sexuées des métiers pèsent plus ou moins consciemment sur le choix d’orientation des élèves et surtout des filles.
  • Mise en place au C.D.I. du jeu « Histoire au Féminin » : toutes les semaines, une question est posée aux élèves de 3°, et ces derniers sont invités à y répondre en mettant un bulletin dans une urne.


Un prix sera décerné à l’élève qui aura le plus grand nombre de réponses justes. Ce jeu a soulevé tellement d’engouement auprès des élèves du collège que nous avons dû nous résoudre à faire participer les 4° et 5°.
Les enseignants participent également et sont étonnés si, d’aventure, j’avais oublié de mettre en ligne la question de la semaine.

Utilisation de L’exposition « les femmes et les sciences » mise à disposition par le SAIO permet aux élèves de 3°de prendre conscience de l’apport des femmes dans le domaine scientifique et technologique.

 

Axe 2 : Connaissance de soi et du monde socio-professionnel

 

Des séances spécifiques sont organisées par le Conseiller d’Orientation Psychologue afin que les élèves apprennent à mieux se connaître et aient une image plus positive d’eux-mêmes :.« Je n’y arriverai pas » « je ne suis pas capable de ».


Démystifier les sciences et les technologies :


1. Visite d’une unité de recherche à la Faculté de sciences et du Grand Théâtre de Bordeaux.

Les élèves découvrent par petits groupes les métiers à l’œuvre au sein du Grand Théâtre (électricien, régisseur de chœur, conseiller opérette, chef décorateur…). Les élèves réaliseront des comptes rendus par groupe qui seront mis en ligne sur le site du collège. Ensuite une exposition sera organisée dans le hall d’accueil du collège. Les élèves ont été impressionnés par cette visite et par tous ces métiers existant au sein du Grand Théâtre.
La visite de l’unité de recherche concernait les mécaniques et ingénieries liées à la biomécanique et l’acoustique ultrasonore. Les élèves ont été là aussi très intéressés et ont posé beaucoup de question. Le fait qu’un professeur de technologie ait accompagné un des groupes a permis une explicitation supplémentaire des termes, a fait le lien entre certaines machines du laboratoire et les modèles plus réduits mais aux fonctions identiques existant au collège.
La préparation des visites, réalisée en amont par le professeur de technologie, a eu comme conséquence directe une meilleure communication avec notre public d’élèves : les intervenants ont utilisé des termes simples et n’ont pas hésité à trouver des images qui « parlent aux élèves » ex «  j’ai travaillé sur des éléments de la fusée Ariane et ce que je voulais, c’est éviter que les cosmonautes ne cuisent à l’intérieur de la cabine »
La visite prévue dans l’entreprise Sanofi n’a pu avoir lieu car il semblait difficile à l‘entreprise d’accueillir un groupe d’élèves important.
Nous proposerons une organisation différente l’année prochaine afin de tenir compte de ce paramètre.

 

Participation de nos élèves à l’action « journées scientifiques et technologiques » organisée par le Lycée des Iris.

Les élèves sont accueillis par des professionnels qui tiennent un discours très valorisant auprès des élèves. Ils leur démontrent combien les entreprises sont à la recherche de main d’œuvre qualifiée et féminine. Être une femme présente bien des atouts pour l’entreprise, et la mixité des publics est une richesse. Des parcours de réussite sont possibles dans l’entreprise.

 

Mieux connaître les métiers :« le forum des métiers»

 

Les élèves de l’option ODP ont organisé un forum des métiers.

Ils ont déterminé des secteurs d’activités et ont sollicité des professionnels pour qu’ils viennent durant une après-midi présenter leur profession à tous les élèves du niveau 3°.
Par petits groupes, les élèves vont interroger les différentes personnes présentes.
Ils doivent se rendre dans au moins trois stands. « Essayez de vous surprendre » tel était le mot d’ordre, afin d’inciter les élèves à se tourner vers des métiers qu’ils ne connaissent pas et à sortir des représentations habituelles.
Le sérieux et l’implication de la plupart des élèves ont été plébiscités par les professionnels. Ils ont tenus à féliciter directement les élèves pour leur implication.
Certains élèves en difficulté scolaire ont reçu un témoignage direct concernant leur professionnalisme et leur sérieux. Cette mise en situation a valorisé les élèves et a permis aux élèves utilisateurs de vaincre certaines idées reçues. La personne qui représentait le BTP a reçu beaucoup d’élèves. Elle a expliqué que l’on pouvait être une femme et travailler dans un secteur professionnel plutôt masculin.

 

Axe 3 Vaincre les réticences

 

Les femmes peuvent tout faire et les sciences ont besoin des femmes.
Afin de persuader les filles qu’elles peuvent réussir dans les filières scientifiques et technologiques, nous avons organisé un Café sciences et mixité avec l’aide de la directrice du CIO et Mme Dubois, du SAIO de Bordeaux.


Dans le cadre d’échanges informels, des intervenants (ici des femmes) se racontent et font part des choix qui sont à l’origine de leur parcours professionnel et de leur parcours de formation.
Le premier Café sciences avait pour thème « les femmes et le bâtiment et les travaux publics ».


Une quarantaine d’élèves ont participé. Les questions avaient été préparées avec les Professeurs Principaux et ou en O.D.P.
Faire « un métier d’homme » ne leur pose aucun problème et ne remet pas en cause leur féminité. Elles aiment les défis, et le premier d’entre eux a été de convaincre leur famille « qu’elles y arriveraient » elles ont dû faire leurs preuves et avoir une attitude très professionnelle. Leurs fortes personnalités et leurs témoignages ont impressionné les élèves


L’histoire du goyavier :
Mme M raconte que c’est un peu sa gourmandise qui est à l’origine de sa détermination à devenir ingénieure en béton armé.

Alors que son père construisait en Afrique les murs de sa maison selon les techniques traditionnelles, Mme M adorait monter sur le goyavier et y consommait des goyaves plus que de raison. Son père l’avait prévenue : il ne fallait pas en manger autant et il ne fallait plus utiliser le mur en construction pour échapper aux foudres paternelles. Comme elle ne pouvait résister aux fruits, une fois de plus, elle grimpe sur l’arbre, mais son père la surprend et, pour lui échapper, elle saute sur le mur, qui s’effondre… Son père très en colère lui demande si elle se rend compte de ce qu’elle vient de détruire.

Là, Mme M fait le serment à son père qu’elle lui construira sa maison.
Une vingtaine d’années plus tard, le serment a été tenu, la maison est construite « en dur » mais son seul regret est que son père n’est plus là pour la voir.


Cette histoire a beaucoup ému les élèves qui se sont empressés d’en faire part à leurs camarades. Au moment de la sortie, bon nombre d’élèves voulaient des détails sur l’histoire du goyavier.

 

ANALYSE

La thématique initiale a rencontré un intérêt important auprès des enseignants et des parents.
L’analyse des données statistiques sexuées a prouvé aux équipes que la transmission des stéréotypes sociaux se faisait de façon parfois inconsciente
Il fallait être vigilant, faire évoluer nos représentations et notre discours auprès des élèves. Le travail réalisé à partir de scénarios a favorisé la prise de conscience des adultes et des élèves. Ces derniers ont ainsi pu développer leur sens critique et les discours du type «  c’est un métier de fille » se font rares.


Les enseignants ont changé d’attitude et de discours face au cursus scolaire des filles : certains propos en conseil de classe « pour une fille…» ne sont plus tenus.


Les Professeurs Principaux des classes de 3° ont été invités à se rendre aux journées scientifiques et technologiques organisées par le lycée des Iris afin de mieux connaître les options, leurs contenus, ainsi que les voies de formation.


Cette thématique pluridisciplinaire a permis aux professeurs principaux de faire évoluer leurs représentations des métiers.
Ils ont compris que nous devions être porteurs d’ambition pour les élèves. Ainsi, le regard de l’enseignant sur l’orientation future des élèves est plus bienveillant. Cela rassure les élèves, et les enseignants ont compris leur mission d’élever le niveau de formation des élèves.

L’équipe de professeurs assurant la prise en charge de l’option O.D.P. a pris  conscience de notre méconnaissance en matière de culture de l’entreprise. C’est avec une détermination sans faille que les enseignants ont, avec les élèves, essayé de construire ensemble cette culture.
Cela a cependant déstabilisé une enseignante du groupe qui considère que cette culture (en dépit du travail qu’elle fournit) lui échappe encore.
Les périodes de concertation (certes chronophages) nous ont permis de faire les ajustements nécessaires et de planifier le travail des groupes, de démontrer que l’ensemble des démarches réalisées avec les élèves (sortir du rôle du maître/ apprenant) ont permis aux élèves de gagner en autonomie. Ces derniers ont progressé dans leur capacité à utiliser les TICE (recherche, mise en forme, Power Point.


Un effet plus induit : les discours sur la cour entre filles et garçons sont plus respectueux.
Les filles prennent confiance en elles et assument leur choix d’orientation.
Les familles sont plus enclines à laisser les élèves partir vers des voies de formation plus éloignées (Lormont, Bordeaux).
Les filles n’hésitent plus à partir vers des Secondes ISI ou MPI. (c’est le cas de 24% des filles cette année en 3° au collège contre seulement 12% l’an passé)


Maintenir une dynamique sur une année scolaire est parfois difficile, et on a pu craindre que certains projets ne viennent se télescoper avec notre action.


Aussi, nous avons dû privilégier des temps forts et des mises en lumières des actions entreprises, afin de ne pas perdre de vue le fil conducteur.
Nous avons cherché des modes de communications adaptés (ex : des informations mises en ligne, des annonces dans la presse locale, des comptes rendus faits par les élèves à destination d’autres élèves, des expositions) .Nous avons parfois «  surcommuniqué » afin que personne ne puisse ignorer notre thématique centrale.


Traduire la mixité en actions, mettre en œuvre au quotidien la compétence des femmes dans des domaines étiquetés masculins, participe de notre volonté d’élever le niveau d’ambition et de qualification de tous nos élèves. La mixité est une richesse.

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