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Accompagnement vers l'insertion professionnelle en LP

Collège Jeanne d’Albret

PAU (64)

 

Présentation et dispositif technique

Les sections non francophones fonctionnent depuis plus d’une dizaine d’années au sein du Collège Jeanne d’Albret de Pau.

Constituées en classes d’adaptation, sur trois niveaux, elles pratiquent un système d’entrée et sortie permanente des élèves, précédé d’un positionnement assuré actuellement par le CIO.


Ce dispositif, calibré à quarante cinq élèves au total, voit, en fait, les effectifs fluctuer en cours d’année ; il démarre à une vingtaine d’élèves en septembre, et culmine à près de cinquante en période de pleine charge.

Il comprend aussi, notamment en classe de soutien linguistique, une partie d’intégration des élèves dans des enseignements normaux, en fonction du niveau des élèves et de la matière.


Les élèves accueillis ont un âge variant entre 10 et 17 ans, et surtout des parcours scolaires très différents. Les jeunes élèves, issus d’un pays à culture scolaire élevée, s’adaptent assez aisément et envisagent assez rapidement des études ambitieuses.


Les élèves plus âgés, qui ont quelquefois interrompu leur scolarité pendant plusieurs années, se trouvent rapidement confrontés à l’orientation. Pour eux, l’adaptation à notre système scolaire devient un objectif secondaire par rapport à l’insertion dans la vie active, laquelle n’est pas facilitée, d’une part par la rareté des qualifications professionnelles de type CAP, d’autre part par le système d’affectation PAM, basé sur les résultats scolaires.

Il est rapidement apparu nécessaire à l’équipe de travailler avec les élèves sur les aspects économiques et professionnels des métiers, et de les aider à choisir une poursuite d’études vocationnelle et non géographique comme nous le déplorons trop souvent.


C’est ainsi qu’est né le projet d’action tel que nous l’avons conçu, et dont la mise en œuvre, sous la forme actuelle, a été possible grâce au fonds d’incitation académique.


Le bilan en ce début d’avril n’est pas définitif. Toutefois, l’intérêt de ces modules, que nous avons volontairement conçus comme devant être animés par une personne ayant l’habitude de l’intervention sur les élèves en décrochage, dans le cadre d’un PRI, est avéré.


Le bilan de l’orientation devra être fait en fin d’année, et surtout le suivi après l’insertion en formation professionnelle, l’an prochain, devra permettre de mesurer la satisfaction des élèves.

D’ores et déjà, on  pointe la difficulté à proposer des solutions de formation sous-tendues par la nécessité économique aussi bien que culturelle d’accéder à un emploi à court terme, exprimée par certains de ces élèves ainsi que par des élèves du système scolaire traditionnel, et pour lequel la disparition des CAP sous statut scolaire constitue un handicap.

Ce bilan positif n’aurait pas été possible sans l’implication de tous les professeurs enseignant ou non dans ce dispositif, dont Isabelle LARROUY, Professeur de la Classe de Soutien Linguistique et Eric GAUDEFROY, animateur du PRI.

Jacques BEYRIS
Principal du Collège


 
Accompagnement vers l'insertion professionnelle des ENAF

 

I – Définition des besoins

Au collège Jeanne d’Albret à Pau, les classes d’accueil pour les élèves nouvellement arrivés en France (ENAF) scolarisent en moyenne cinquante élèves dans l’année, âgés de douze à seize ans, originaires de multiples pays, de multiples cultures, de niveaux d’étude et de savoirs variés. L’objectif premier de ces classes est d’intégrer le plus rapidement possible les élèves dans les classes traditionnelles.

Pour cela, l’éducation à l’orientation permet de projeter, pour chacun de ces élèves, un avenir scolaire, suivant leur âge, leur niveau, leurs goûts, leurs intérêts, leurs motivations. Dans ce cadre, les élèves les plus âgés doivent définir un projet d’orientation qui leur permette de s’intégrer efficacement à une scolarité traditionnelle conforme à leurs acquis.

S’ils ne manquent pas d’idées pour la suite, souvent le niveau de compréhension, de lecture et d’écriture n’est pas conforme aux pré-requis de poursuites d’études, parce qu’ils sont arrivés tard en France, vers 14 ou 15 ans. Il faut alors construire avec eux un projet en rapport avec leur niveau et qui leur permettra d’acquérir des connaissances solides, soit pour s’insérer rapidement dans la vie active, soit pour poursuivre des études grâce à certaines passerelles (3ème PVP-MDP6, ou CAP à accès prioritaire, puis BEP, et Bac professionnel ou bac technologique grâce aux 1ères d’adaptation).

Il faut aussi prendre en compte la réalité de l’offre de formation initiale dans les lycées professionnels où les CAP ont quasiment disparu (c’est le cas par exemple au lycée des métiers de l’habitat de Gelos), qui étaient un des premiers diplômes accessibles aux élèves non francophones, avec le double avantage d’approfondir dans un environnement scolaire l’apprentissage de la langue française, et d’acquérir une formation professionnelle de base de qualité, en attendant que leur situation sur le territoire se régularise. En effet, beaucoup d’élèves non francophones évoluent dans un contexte administratif qui leur interdit de signer un contrat de travail de droit privé, ce qui les exclut de fait de la formation par apprentissage. 

Le travail d’éducation à l’orientation est plus long avec ce public aux besoins particuliers : l’image qu’ils ont de la scolarité en France, de leur propre scolarité dans leur pays d’origine, l’absence de repère dans le système scolaire français, l’acceptation de leurs possibilités, ou pas, à poursuivre des études, souvent revues à la baisse, tout cela demande un savoir-faire adapté et une connaissance détaillée du bassin de la formation post-collège.


C’est pourquoi cette action d’accompagnement vers l’insertion professionnelle des ENAF nous a paru importante.


II – Etapes du projet

Dès la fin de l’année scolaire 2005-2006 a eu lieu une rencontre avec M. Lespès, inspecteur chargé de l’orientation à l’inspection académique, pour exposer notre demande. M. Lespès connaît la problématique particulière liée aux élèves non francophones, et notamment les difficultés d’orientation des élèves les plus âgés.

Puis, deux réunions préalables avec l’intervenant ont permis de définir précisément nos attentes de professeurs principaux des classes d’accueil (CLA), à la fois une éducation à l’orientation, une connaissance précise du système éducatif français, et la recherche de la meilleure orientation possible, qui ne soit pas une orientation par défaut.

L’organisation de l’intervention a été prévue sur deux modules de deux fois trente heures, réparties en vingt séances de trois heures.

Le premier module a démarré au début de la deuxième période, le 10 novembre. Il s’intéresse à la connaissance que les élèves ont d’eux-mêmes, à la définition de leurs goûts, de leurs possibilités, de leur motivation à atteindre un but fixé. Ce module a permis d’adapter ou d’ajuster les perspectives scolaires professionnalisantes.

Le deuxième module de trente heures vient en complément du précédent : il est axé sur la découverte du milieu professionnel par des stages d’observation en entreprise, et sur la découverte de différents lieux de formation (lycées professionnels, université des métiers, …).
Les élèves participeront aussi à des manifestations locales comme le forum des métiers le 6 avril, et EDUCADO.

 

III – Public concerné

Pour le premier module, 14 élèves ont été retenus, d’après leur année de naissance (allant de 1992 à 1990).

Un système de tutorat a été mis en place : les élèves qui n’avaient pas une compréhension large du français étaient aidés par des élèves de même nationalité, ou de même langue (portugais, russe). Ce premier module avait pour but de sensibiliser les élèves à la construction de leur projet d’avenir. Comme beaucoup d’adolescents, certains des élèves non francophones n’ont aucune idée de la formation qu’ils veulent suivre, mais cette situation prend une autre dimension lorsqu’ils viennent d’arriver, et que le changement brutal nécessite un effort d’adaptation tel que le temps s’arrête au moment présent, que l’avenir, pour eux, n’existe pas.

Le deuxième module a réduit le public aux élèves qui comprennent et s’expriment avec aisance : la pratique des stages n’autorise pas à envoyer des élèves non francophones dans des structures peu habituées à en recevoir. 

 

IV – Contenu de l’action

Le premier module se passe en classe, le vendredi matin, de 9h à 12h. L’intervenant prend en charge le premier groupe, le professeur principal de la classe d’orientation des ENAF (appelée CSL, Classe de Soutien Linguistique) participe ponctuellement aux travaux :

  • étude sur différentes fiches de métiers,
  • découverte de la poursuite d’étude en lycée professionnel et par la voie de l’alternance,
  • étude du contrat d’apprentissage, du contrat de professionnalisation, du salaire,
  • travail sur les pré-requis fondamentaux (maîtrise de la langue, ponctualité, concentration, écoute,…)
  • technique de recherche d’emploi (verbe d’activité, choix des matières, outils,..)
  • synthèse et classement de l’ensemble pour faire émerger les goûts et les envies, tout en tenant compte de la spécificité de chacun (mobilité, faisabilité du projet professionnel, …),
  • travail sur le coût du transport, des outils nécessaires, des tenues pour certaines formations,…


Le deuxième module est la mise en contact avec le terrain :

  • visite des lycées professionnels de Morlaàs, Gelos et Jurançon, organisée, conjointement avec le professeur principal,
  • mise en place de stages dans les lycées professionnels en peinture, maçonnerie, carrosserie, mécanique, cuisine, sanitaire et social,
  • recherche de stage en entreprise menée par les élèves,
  • stages en entreprises, en complément des stages en milieu scolaire,
  • travail de retranscription des métiers découverts.

 

V – Bilan

Chacun des élèves qui a été suivi par le dispositif a commencé un travail de réflexion sur son avenir professionnel. Ce travail aura été mené à terme pour certains (l’orientation demandée correspondant à leurs désirs) ; pour d’autres, il aura permis d’entamer une réflexion personnelle essentielle à la motivation et à la projection dans son avenir.


Les élèves ont été confrontés à la réalité du lycée professionnel et du travail en entreprise ; ils ont pu ainsi mieux s’évaluer par rapport aux différentes attentes (niveau de connaissance, compétences requises, relation avec les autres, nécessité d’une bonne compréhension et d’une bonne expression orale, … ).


Les élèves ont évolué tout au long des séances, ont appris à se connaître, à réfléchir sur eux-mêmes. Ils ont échangé et débattu sur le problème de l’orientation, et ainsi ont pu mieux se l’approprier :


Hafid et Youssef étaient très demandeurs de stages en lycée professionnel, et ont souvent formulé ces demandes, ce qui les a obligés à verbaliser leur désir et à les argumenter.
En revanche, deux élèves, André et Akromane, ont parlé de leur déception de ne pas pouvoir faire ce qu’ils avaient envie de faire (informatique pour l’un, gestion/comptabilité pour l’autre), mais ils ont pris conscience des manques et des efforts à fournir… De son côté, Fatima a construit entièrement son projet. Morakot a confirmé son envie d’être secrétaire bilingue…


Lorsque cette action a été mise en place, les enseignantes des élèves non francophones avaient conscience que tout ne pourrait être résolu grâce à ces séances : certains élèves n’ont pas d’orientation entièrement satisfaisante, mais tous connaissent maintenant les causes de ces difficultés d’orientation, ils ne ressentent pas l’arbitraire que d’autres élèves peuvent ressentir. Ils savent que la satisfaction de leur envie dépend en grande partie de l’investissement personnel qu’ils sont capables, ou pas, de fournir.

Ils savent aussi que nous ne les laisserons pas au bord du chemin, que chacun peut trouver sa place, à condition de faire les efforts en conséquence, d’adapter son cheminement aux réalités présentes.


Isabelle Larrouy, professeur principal, collège Jeanne d’Albret, Pau
Éric Gaudefroy, intervenant MGI, Pau.

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