Education artistique et culturelle (EAC)

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Les Critiques cinématographiques lycéennes

Pendant le 28ème Festival du Film d'Histoire de Pessac, un groupe de sept lycéens de Gironde suit la manifestation et propose son regard critique sur les films de la compétition internationale fiction. Cet atelier est animé par Arnaud Hée, critique de cinéma, enseignant et programmateur, et encadré par Jean-François Cazeaux, de la DAAC du rectorat de Bordeaux.

Les  critiques cinématographiques lycéennes

28ème Festival International du Film d’Histoire de Pessac

films en compétition dans la catégorie FICTION

 Novembre 2017

 

 

Pendant le 28e Festival du Film d'Histoire de Pessac, un groupe de sept lycéens de Gironde suit la manifestation et propose son regard critique sur les films de la compétition internationale fiction. Cet atelier est animé par Arnaud Hée, critique de cinéma, enseignant et programmateur, et encadré par Jean-François Cazeaux, de la DAAC du rectorat de Bordeaux. Voici les premiers textes !

 

 


 

La Juste Route, Ferenc Török, Hongrie, 2017, 1h31

 

Le son d’un violon s’élève, telle une plainte. Cette note, aux sonorités parfois hongroises, parfois yiddish, longue et nue, nous revient, lancinante. Comme les remords qui reviennent aux habitants de ce petit village de Hongrie. Ce sont ces remords qui font l’histoire de ce film, lent et silencieux.  Pourtant la force qui s’en dégage est stupéfiante, soulignée par l’image en Noir et Blanc, un choix du réalisateur afin de rendre le film plus authentique, donnant l'impression d'une archive, comme un témoin du passé.

 

Ce film est l'écho de la Hongrie d’après-guerre et des événements de 1944 – la déportation massive des juifs du pays vers Auschwitz -, très peu, trop peu souvent évoqués. C’est ce non-dit qu’incarne La juste route. En effet la déportation et l’extermination des juifs ne sont mentionnées qu'à travers des symboles : quand le jeune homme remonte sa manche pour dévoiler sur son avant-bras un tatouage : le numéro dont étaient marqués les prisonniers des camps ; la musiques aux sonorités yiddish par moment ; ou simplement l’enterrement de ce qui reste des morts.

 

Les juifs du village ont ainsi été dénoncés, puis déportés et les habitants vivent de cette spoliation. Quand deux juifs orthodoxes reviennent, tels des fantômes, les souvenirs et la peur ressurgissent. Une peur malsaine et maladive : que ces hommes soient venir assouvir une quelconque vengeance ou pire, récupérer leurs biens. La peur de se voir reprendre maisons et biens ne les quittera pas. Elle les taraude, les angoisse, met leurs nerfs à vif. Une femme dissimule les objets arrachés aux déportés ; les villageois se rassurent, s'appuyant sur leur acte de propriété, des querelles éclatent. Ils deviennent menaçants et agressifs envers les deux revenants. Ils restent persuadés des intentions des juifs jusqu'à la fin. Mais ces derniers ne sont pas revenus, ou venus, dans un quelconque but matériel. En effet c'est dans une quête spirituelle qu'ils accomplissent ce pèlerinage, pour que leurs morts trouvent enfin la paix. Ils ne manifestent aucune animosité, malgré l'attitude des habitants du village.

 

En ne faisant qu’évoquer implicitement ce lourd passé, l’attention est focalisée sur les villageois, que la réapparition de ces fantômes confronte à leurs choix pendant la guerre : fermer les yeux. Ce que la plupart d’entre eux ont fait. Ce silence est rendu par le film, qui s’écoule lentement, accompagné des plaintes du violon et de très peu de paroles. Cette histoire de silence et de deuil est inspirée d'une nouvelle de Gabor T. Szanto, sur la situation précaire de la Hongrie au sortir de la guerre. Les tensions du pays sont personnifiées par les villageois, lourds des remords symbolisés par les deux juifs, et dont les querelles s'enveniment. C'est un portrait juste et frappant, satire féroce d'un pays qui a tant souffert de la Seconde Guerre Mondiale, mais où le retour de la paix est loin de mettre fin à une désespérante bassesse humaine.

 

Lilo Sauli (Lycée Magendie)

 

La Juste Route, Ferenc Török, Hongrie, 2017, 1h31

Un train arrive en gare, dans une image en noir et blanc ce qui immédiatement renvoie au passé. La scène se déroule en août 1945 en Hongrie, juste à la fin de la guerre qui a tant massacré. L'image du train nous rappelle les wagons qui menaient les juifs dans les camps. C’est un des premiers symboles de l’Holocauste, nombreux tout au long du film, sans que les faits ne soient abordés explicitement. On peut citer, par exemple, le numéro tatoué sur le bras d’un des juifs qui arrive par ce train dans le village, marque des déportés dans les camps où les hommes devenaient numéros. De la locomotive s’échappe une épaisse fumée, élément récurrent dans La Juste Route. En effet, on brûle des objets, des bâtiments, on fume beaucoup tout au long du film. Et des flammes ou des cigares apparaissent à chaque fois des volutes plus ou moins opaques. C’est un rappel de la Shoah : « Ici, on entre par la porte et on en sort par la cheminée », selon la formule de Pascal Croci à propos d’Auschwitz.

Le train ne semble jamais s’arrêter, il parcourt l’écran : on peut éventuellement y voir un symbole d’avenir, ainsi le marié qui s'échappe du village, comprenant toutes les atrocités que son père, ses voisins et ses amis ont commis : dénoncer les juifs et collaborer avec l'occupant. Ferenc Török a voulu témoigner de ce fait peu représenté ; il montre la bassesse de ces êtres, prêts à livrer les juifs aux nazis pour s'approprier leurs maisons et leurs biens. Seulement avec l’arrivée des deux juifs par ce train, les masques tombent et tout s'effondre : tout le monde prend peur de payer ses crimes commis pendant la guerre. Les vieilles rancunes se réveillent pour dévoiler des hommes et des femmes aussi médiocres les uns que les autres. Rien n’est sûr et tout ce qui est dit n'est que rumeurs. On parle peu : les dialogues sont rares, tout fonctionne sur le non-dit.

La scène du train s'accompagne d'une musique lente, glaçante, qui revient tout au long du récit. C'est un élément très important, qui installe une atmosphère pesante se mêlant avec le noir et blanc pour donner un climat pesant. Ce thème revient, avec des variations, comme quelque chose qui hante et ne quitte jamais les habitants de ce petit village de Hongrie. Avec La Juste route, Förök nous invite plus généralement à contempler les malheurs des hommes, leurs erreurs et leurs remords. Leur responsabilité. En exploitant un fait méconnu de l'Histoire, il met en scène la tragédie de l'existence.

Lucie Veyrier (Lycée Magendie)

 


Un homme intègre, Mohammad Rasoulof, Iran, 2017, 1h58

Reza rentre chez lui après avoir amené sa femme et son fils chez sa belle-famille. Il atteint sa maison et découvre un désastre. Le spectateur envisage la ferme en flamme dans un plan large. La scène est silencieuse dans un premier temps, puis le son apparaît, on peut entendre les craquements et déchirement des parties du bâtiment qui traduisent la douleur et l'effondrement de Reza. Le silence relayé par le bruit des flammes qui traduit les émotions du personnage : la stupéfaction puis le désespoir. Il est seul face à sa consternation, seul devant la contemplation du désastre.

Cette solitude dont témoigne cette scène est représentative du personnage : isolé,  malgré le soutien de sa femme, pris dans l'étau d'une succession d’événements tragiques sur lesquels il n'a aucune prise. Reza et sa famille vivent dans un endroit perdu, mais ils sont également isolés socialement face à une communauté qui ne partage pas les mêmes valeurs qu’eux. Il est un éleveur de poissons d'eau douce menacé de voir sa ferme vendue, en lutte contre les injustices, se trouvant acculé, sans solution. 

Ce désespoir est inlassablement attaché au personnage de Reza, comme quand il sort de sa détention pour s’être battu avec un homme. Il se réveille en entendant Hadis, sa femme, hurler. Il la rejoint et découvre des centaines de corbeaux ravageant son exploitation. Comme son épouse, il se met à crier, se bat contre l'armée de volatiles. Une fois les agresseurs partis, Reza constate avec une immense tristesse que tous ses poissons sont morts. Aucun des deux personnages ne parle, ils semblent tous deux dévastés. Il accède au bassin à poisson les larmes aux yeux, découvrant son bien envolé.

Dans ce film usant largement de la métaphore, on relie ces oiseaux de malheur à toutes les oppressions auxquelles Reza et sa femme font face, tant au niveau de la religion que du pouvoir politique. Il est difficile de ne pas comparer le personnage de Reza au réalisateur lui-même : un artiste censuré en Iran pour ses films, plusieurs fois interdits et accusés de mener une propagande contre le gouvernement.

Agnès Moretto (Lycée Pape Clément)

 


L’échange des princesses de Marc Dugain

Deux carrosses se croisent dans un silence brisé seulement par le bruit des sabots sur le sol. Un calme absolu englobe le plan d’ensemble, un sentiment puissant, indescriptible, nous envahit tandis que la solitude de ces deux princesses, chacune allant dans des directions opposées, demeure omniprésente. Le ciel extrêmement grisâtre qui semble se marier parfaitement à leurs émotions, à celles qui nous traversent, amène une lourdeur, un contraste avec la richesse du décorum royal (des architectures aux vêtements)  à laquelle nous avons été habitués. Le temps semble s’éterniser et avec lui, une tristesse, un chagrin qui nous marque. Pourtant dans ce vide quelque chose attire inlassablement notre regard : un arbre qui trône sur la droite, comme pour nous rappeler la stabilité du pouvoir, la force de deux pays  qui se sont livrés une guerre féroce, prenant fin par cet échange de jeunes filles, d’enfants, livrées, presque qu’abandonnées, dans un lieu inconnu. C’est d’ailleurs l’un des thèmes principaux du film, le sort réservé à ces enfants, à ces héritiers qui doivent assumer un devoir (un rôle ?) : gouverner la tête haute, mais la baisser devant ceux qui sont encore là et qui tentent d’abuser de leurs pouvoirs.

Des enfants qui doivent grandir rapidement, connaissant alors dès leurs plus jeunes âges la face cachée de la vie, les tromperies, la jalousie, l’abandon, la peur, mais surtout la mort. Celle-ci d’ailleurs, semble guetter plusieurs personnages, et c’est en les voyant la craindre, l’effleurer, l’attendre car « la vie et la mort ne sont qu’une seule et même chose », qu’on prend davantage conscience de la valeur de la nôtre.

Le film présente une variété de personnages, enfants ou adolescents voués à hériter du pouvoir, tous avec une personnalité forte, décalée, tragique et parfois comique. Un personnage masculin attise particulièrement la curiosité, celui de Don Luis, l’héritier du royaume d’Espagne, interprété par Kacey Mottet-Klein. Il déborde d’une fougue maladroite, d’intenses sentiments pour la princesse de Montpensier, d’un désir puissant auquel il est soumis et qui est visible dans sa gestuelle (tel que des légers tremblements, d’étranges mouvements de main). Mais au-delà de cet élan amoureux à sens unique, quelque chose de plus fort se fait sentir : une faiblesse, ou du moins une franchise que l’on discerne jusque dans sa voix, dans son comportement. Il ne semble pas vouloir dissimuler ce qu’il éprouve, acceptant  alors d’être l’esclave de ses désirs et plaisirs. C’est grâce à cette transparence des sentiments que l’on arrive à comprendre le personnage et à s’y attacher, c’est ce qui fait tout son charme.

L’échange des princesses se centre sur les personnages féminins, dans une société où l’on exige d’elles qu’elles donnent naissance à de futurs héritiers. Cette sexualité à laquelle les enfants sont poussés dès leurs plus jeunes âges est malsaine et révoltante. Ainsi, l’épouse du roi de France, fillette âgée de six ans, substitue ainsi cette impossibilité en adoptant une poupée en guise d’enfant. En filigrane, le film traite aussi des adultes, et on peut évoquer son père Philipe V roi d’Espagne qui est à son opposé. C’est sûrement grâce à cela que l’on ressent un intérêt plus prononcé pour les membres de la famille d’Espagne. Philipe V est un homme tourmenté par son passé, désireux de mettre fin à ses jours mais craignant en même temps la mort ainsi que Dieu. On découvre alors un film où le rôle des adultes et des enfants est brouillé, comme inversé.

 

Le film submerge et captive grâce à l’harmonie du récit, les costumes se marient à la perfection aux paysages et aux décors ; la musique accentue et prolonge les actions des personnages, les ombres et lumières semblent effleurer ces visages incertains, expressifs, enfantins. Marc Dugain évoque avec force ce monde d’enfants confrontés à la solitude et à de trop lourdes responsabilités.






SOVIET FREAKS

La Mort de Staline d’Armando Iannucci, Grande-Bretagne-France, 2017, 1h47 (sortie en France : mars 2018)

Ne nous fions pas à ce titre lourdement historique et rébarbatif, ce film est adapté de la bande-dessinée éponyme, et est constamment drôle malgré la noirceur des faits et des propos. Mais cet humour tend toujours vers la caricature et le grotesque. Le décès du « petit père du peuple » provoque une lutte de pouvoir entre Malenkov, Beria et Khrouchtchev, interprétés par des acteurs anglo-saxons dont le fabuleux Steve Buscemi, et qui illustrent parfaitement le proverbe « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent. » En effet, immédiatement après l’attaque cérébrale de Staline, le trio dévoile ses véritables sentiments vis-à-vis du tyran, dans des attitudes irrémédiablement odieuses et vulgaires.

« Ils sautaient comme des p....bourrées »

Beria en est le parfait exemple : pédophile avide de pouvoir, manipulateur, homme mauvais et terriblement malsain. Mais rassurez-vous, le réalisateur nous offre une panoplie de personnages tous autant répugnants les uns les autres. On découvre ainsi un Molotov conservateur, un Khrouchtchev fourbe et un Malenkov gainé comme une femme. Leurs propos sont à l’image de leur entrée en scène, exagérée et ridicule, accompagnée d’une musique forte et pompeuse. Farandole d’absurdités, La mort de Staline avance comme une farce grotesque, qui a comme ces hommes, quelque chose de monstrueux.

Lia HdF


ENFANCES BRISEES

L’Echange des Princesses de Marc Dugain, France, 2017, 1h40 (sortie : 28 décembre 2017)

Les carrosses des princesses font route et traversent d’épaisses forêts dont les variations chromatiques sont sublimées par le travail photographique de Gilles Porte. Les deux futures épouses vont être alors confrontées à des présages. Le carrosse de l’Infante d’Espagne, future épouse de Louis XV, s’arrête ; elle aperçoit un corbeau en qui elle voit un signe annonciateur de malheur et de mort. Avec ses moyens d’enfant – ses poupées -, elle se bouche la vue. Le carrosse de la princesse promise au futur roi d’Espagne marque un arrêt lui aussi. Soudain une paysanne accompagnée d’un âne surgit d’un bosquet, comme dans un conte de fées, cette vision d’une princesse par cette fillette du peuple fait réciproquement figure d’apparition voire de théophanie. Les couleurs de la forêt sont alors très prononcées, la petite fille et son âne sont, par contraste, d’un aspect miséreux, mais Marc Dugain les met en valeur par la composition lumineuse contrastée. Il s’agit de la rencontre de deux mondes qui s’ignorent.

Le faste des cours monarchiques est un décor central du film, mais c’est la mort qui structure ce film, où les enfants sont considérés comme des marchandises ; on les échange par le biais de mariages d’intérêt, véritables trocs entre royaumes. Tous les personnages entretiennent un rapport étroit et singulier avec la mort à une époque où les vies sont fauchées parfois dès le plus jeune âge en raison, par exemple, des épidémies. Le stoïcisme de l’Infante face à la mort est frappant pour son jeune âge, elle fait preuve d’une grande maturité due à son titre de Reine. A son départ vers la France, elle s’entend dire par son père que « la vie et la mort ne sont qu’une seule et même chose. » Ce dernier, Philippe V, est quant à lui très craintif vis-à-vis de la mort, particulièrement infantile, pleurant et s’énervant comme un enfant, abdiquant de manière impulsive. Mlle de Montpensier se joue de la mort avec ironie tandis qu’elle finit par y être confrontée avec le décès de son mari Don Luis qui, à l’agonie, lui confie qu’il a eu très tôt conscience qu’il n’était pas fait pour vivre. Le pouvoir et la mort produisent une accélération des existences, font grandir trop vite.

L’Echange des princesses est un théâtre cruel où ces enfants sont des marionnettes manipulées par les adultes, dans le but de servir leurs ambitions à la fois personnelles et politiques. Marc Dugain nous emmène au cœur des émotions et des réactions des enfants, nous montre une autre vision de cet âge. Anamaria Vartolomei (Mlle de Montpensier) incarne avec insolence une adolescente en révolte contre les obligations liées à son rang tandis que Juliane Lepoureau (l’Infante d’Espagne) joue une « adulte » de quatre ans qui malgré les difficultés, reste souveraine.

Lia HdF




L’ordre des choses, Andrea Segre

Des centaines d’immigrés jonchent le sol, tous entassés. Corrado Rinaldi et ses collègues inspectent les lieux comme à leurs habitudes professionnelles. Dans des conditions de détention inhumaines certains se battent entre eux, d’autres sont battus par les gardes. Soudain, des réfugiés montrent du doigt aux officiers un escalier, Corrado et ses collègues se dirigent donc vers une porte. Seulement, un des gardes veut bloquer la porte, augmentant les soupçons de Corrado quant à la légalité de ce qui s’y trouve. Contraint et forcé, le garde ouvre la porte et les officiers découvrent un cadavre allongé sur une table. Les geôliers expliquent qu’ils attendent qu’une brigade vienne le chercher, mais n’ont aucune autre justification sur la présence de ce corps ici. Il s’ensuit une discussion houleuse entre un des officiers avec les gardiens. En remontant pour examiner le reste de l’établissement Swada, jeune somalienne et sœur de l’homme qui est décédé s’approche de Rinaldi en lui demandant s’il est italien. Elle lui explique qu’un de ses oncles habite à Rome et qu’elle aimerait qu’il lui donne une carte mémoire contenant des informations sur elle.

L’ordre des choses se centre sur le personnage Corrado, officier spécialisé dans le contrôle de l’immigration, se retrouvant donc à jongler entre vie de famille, métier et la jeune Swada avec qui il souhaite entrer en contact afin de l’aider dans son combat. Il se retrouve bouleversé par l’histoire de cette jeune femme et ne veux pas la décevoir. Corrado est traité comme une figure de l’ordre de l’autorité et de la loi, partagé entre sa fonction et son désir de faire le bien, ce qui positionne le personnage face à sa propre conscience. Ce conflit intérieur du personnage de Corrado est retranscrit par l’excellent jeu d’acteur offert par Paolo Pierobon, dans de longues scènes, souvent silencieuses, on lit cette fêlure sur son visage. Remplir sagement la loi, c’est manquer son rendez-vous avec la possibilité de devenir un héros.


Agnès MORETTO (Lycée Pape Clément)




Mariana, Marcela Said ( 2017)

Femme de la bourgeoisie de 42 ans, Mariana vit de nos jours au Chili. On surnomme son prof d’équitation « Le Colonel », qui devient son amant. Elle apprend assez vite qu’il est accusé d’avoir passivement aidé à la disparition des opposants du régime de Pinochet. Mariana s'intitule dans sa langue originale Los Perros (les chiens), ce qui souligne mieux l'allégorie traitant des bourreaux de la dictature de Pinochet. De vrais chiens, il y en a deux et ils mourront un par un, et le plan final s'attarde sur le second cadavre. Serait-ce le souhait de la réalisatrice, qui part ces deux chiens, nous montre un désir de justice voire de vengeance ?

Pourtant, le personnage de Mariana décide de ne pas réagir face à tout ce qu’elle découvre, et qui pourrait incriminer également son père. Mariana peut sembler assez antipathique par ses actes, mais elle a malgré tout quelque chose de touchant, peut-être parce que ce n’est pas juste une bourgeoise qui voudrait s’émanciper, mais une femme désorientée, qui a désespérément besoin de comprendre le monde qui l’entoure.

Le colonel agit de façon tendre et attachante avec Mariana, ce qui l'humanise. Mais peut-on lui pardonner ce qu’il a fait pendant la dictature ? Ceci dit, en n'explicitant rien de précis sur ses actes sous le régime, le film entretient le doute sur cette culpabilité. Et surtout, est-il vraiment coupable en étant un simple maillon d'une chaîne ? En tant qu’acteur passif de ces disparitions, faut-il l’incriminer pour n’avoir rien fait – ou rien pu faire - pour empêcher cela ?

Dans une mise en scène classique, froide et rigoureuse, Marcela Said signe une œuvre dérangeante qui questionne l'éthique et la conscience individuelles. A travers ça, elle dénonce une société où le régime de Pinochet est encore un tabou, période jamais abordée frontalement, même au sein des familles, comme frappées d'amnésie.

Lucie Veyrier

Lycée François Magendie

AS TIME GOES BY

Razzia, Nabil Ayouch, Maroc, 2017, 1h49

Ilyas est assis face à la télévision. Il regarde Casablanca, murmurant chaque dialogue avec révérence. As time goes by, au fil du temps, c'est l'histoire de ce film. Un entremêlement de récits, des années 1980 à nos jours, dépeignant un Casablanca électrique, à fleur de peau. Dans une société de plus en plus oppressive et conservatrice, cinq personnages poursuivent avec acharnement une quête de liberté. Pour Salima, c'est un besoin d'émancipation, alors que les femmes ne doivent pas sortir d'un cadre toujours plus machiste. Hakim, lui, cherche à vivre sa passion pour la musique, dans un quartier populaire où la révolte gronde.

Cette soif de liberté désespérée est admirablement retranscrite par des acteurs au jeu d'une beauté brutale, presque minérale. Cette brutalité n'est pas seulement transmise par leurs émotions et leurs destins qui s'entrechoquent avec violence, mais aussi par la mise en scène haute en couleur avec un montage dynamique, nerveux. Quand la révolte qui montait éclate enfin, elle déchaîne un torrent de flammes, de cris, d'explosions, semant le chaos dans Casablanca, à l'image du film et de son discours. Razzia est un cri, un appel : révolte contre la répression de la liberté d'expression ! Révolte contre le machisme permanent ! Révolte contre la régression, le conformisme, l'obscurantisme !

A ce film enflammé, on reprochera la fin peut être trop longue, brouillonne. En effet Razzia aurait pu se clore sur une révélation amère pour Ilyas. Si fier du Casablanca du film hollywoodien : il apprend qu'aucune des scènes du film n'a été tourné dans cette ville qu 'il affectionne tant.

Lilo Sauli (Lycée Magendie)

LA SOCIÉTÉ DES MASQUES

Razzia, de Nabil Ayouch, Maroc, 2017, 1h55

Razzia se propose comme un voyage à travers de nombreux paysages, entre les montagnes de l'Atlas et la capitale Casablanca. Nabil Ayouch compose le portrait d'une société à travers une galerie de personnages entre les années 1980 et, principalement, aujourd'hui : l'audacieuse et provocatrice Salima, l'instituteur passionné Abdallah, le séduisant Joe, le chanteur et musicien Hakim, Yto, l'éternelle amoureuse d'Abdallah et Inès, une adolescente troublée par son éveil à la sexualité.

Razzia a pour fil conducteur des personnages en quête de droit et de liberté face à l'intolérance, l'ignorance et le refus d'accepter l'autre. Ayouch dresse une fresque de la société marocaine ; la richesse de ce film est de dénoncer cette intolérance avec des récits parlant de questions religieuses, de la place des femmes dans la société. Cela permet aux spectateur de s'identifier à un ou plusieurs de ces personnages, c'est à la fois une grande qualité mais aussi un défaut, car on peut finir par perdre le fil de l'histoire.

Le cinéaste rythme son film de musiques orientales mais aussi de Freddy Mercury, le chanteur du groupe Queen, il s'appuie visuellement sur les couleurs chaudes des paysages majestueux ou de la ville moderne, ses jours et ses nuits. On remarque que dans cette société complexe et hypocrite les personnages portent comme des masques. Une scène marque spécialement à ce titre, quand Salima est filmée en gros plan : le défilement est inversé, d'abord démaquillée, elle finit donc maquillée, masque pour afficher sa beauté, sa sensualité, mais aussi ce besoin de se cacher.

Marie François (Lycée Elie Faure, Lormont)

Un homme intègre,

Mohammad Rasoulof

Après Au revoir présenté à Cannes en 2011, l'iranien Mohammad Rasoulof revient avec Un homme intègre, décoré de la même récompense, le prix Un certain regard, que 6 ans avant. On peut noter une scène symbolique qui synthétise ce film : celle des corbeaux. Reza, le principal protagoniste, se fait réveiller par des oiseaux doublés des cris de sa femme qui semble l'appeler. Il se précipite dehors avec un seau pour chasser les envahisseurs de la ferme. Il hurle en courant, comme sa femme, pour les faire fuir ; ce qu'ils arrivent tous les deux à faire. Nous pouvons y voir une symbolique : les corbeaux, charognards et célèbres représentants de la mort, attaquent les restes des uniques biens des éleveurs. Les restes, car tous les poissons sont morts. Ainsi, nous pouvons comparer les corbeaux à la compagnie privée, qui, par la corruption notamment, tente de manger le gagne-pain du couple qui arrivent cependant les faire partir et non sans épuisement. Au-delà de cette entreprise, c'est l'oppression politique et sociale qui est ici représentée, alors que Rasoulof en a été la victime directe, notamment par la censure du pouvoir iranien.

Reza mène une lutte terrible, longue et désespérée, dans un film où la tonalité de ces corbeaux. Un homme intègre est une œuvre riche, il est notable qu'il ne convient pas à tout le monde. Non pas par sa violence (qui est d'ailleurs inexistante, il n'y en a aucune trace explicite comme on peut la connaître dans les films conventionnels), mais par son scénario implacable, et la façon dont il est mené. En effet, pas de musique, très peu d'action ; voilà un film fondé sur sa forme réaliste et rugueuse. Pas de joie non plus : Un homme intègre est sombre et le reste pendant deux heures, exceptées les courtes scènes où la complicité entre le père et le fils est palpable. Seules étincelles de tendresse et d'espoir.

Emeline Bruat (Lycée des Graves, Gradignan)

 

  

 

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